Le Nénuphar – Genèse et inspiration première
Une image fondatrice
Le Nénuphar, premier roman contemporain de Catherine Durbec, est né d’une question aussi simple qu’improbable.
Un soir de mai, lors d’un week-end à Toulon, mon mari et moi observions une pluie torrentielle tomber sur le jardin du petit rez-de-jardin que nous avions loué.
Face à nous, les volutes de vapeur du jacuzzi s’élevaient dans l’air frais du soir.
Le contraste était saisissant :
la fraîcheur de la pluie,
la chaleur du bain,
la vapeur, l’eau, le silence.
Nous nous sommes alors surpris à contempler longuement ce dialogue étrange entre pluie, vapeur et écume. Très vite, une question presque enfantine a surgi : « Et si l’on pouvait teinter ces fines gouttelettes d’eau ? »
La naissance d’un imaginaire
Nous nous sommes amusés à imaginer ce qui se passerait si ces gouttelettes colorées venaient se déposer ailleurs.
Sur des pierres grises.
Sur des tombes.
Au beau milieu du silence.
Pourraient-elles encore changer quelque chose ?
C’est à cet instant que l’univers du roman a commencé à prendre forme et qu’une image s’est imposée à moi.
Celle d’une vieille femme solitaire, usée par la vie, arpentant inlassablement les allées d’un cimetière.
Très vite, ce cimetière prit un visage précis : celui du cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Un lieu qui m’a toujours profondément fascinée et qui a amplement nourri mon imaginaire de romancière..
Ses tombes, son silence, sa poésie étrange, sa beauté presque suspendue… tout là-bas me parlait.
C’est ainsi qu’est née Églantine…
L’apparition des protagonistes
Dans son sillage est apparu Paolo. Un peintre blessé, un homme en deuil, qui récupérerait des fleurs fanées pour en extraire des couleurs et peindre des cailloux sur les tombes. Son obsession : créer, après l’orage, le plus beau des arcs-en-ciel. Redonner un peu de couleur là où tout semblait figé. Un peu de vie là où l’on croyait qu’il n’en restait plus. Puis d’autres voix sont venues enrichir cette narration chorale.. Comme une évidence. Comme une nécessité. Juliette s’est imposée à son tour. Et avec elle, le roman trouvait alors sa voix définitive.
Les personnages du roman « Le nénuphar »
« Ils me manquent terriblement de ne pas exister »
Les personnages de ce roman contemporain ne sont pas de simples figures de fiction.
Ils vivent en moi avec une intensité troublante.
Ils aiment les fleurs, les couleurs et les cimetières.
Présenté ainsi, on pourrait croire à une histoire sombre. Ce serait pourtant terriblement mal les connaître. Car chez eux, même les tombes deviennent des jardins.
Même la pluie peut faire naître des arcs-en-ciel.
Même le silence sait parfois chanter La Vie en rose. Au fond, ils cherchent tous la même chose : réapprendre à voir la vie là où plus personne ne regarde.
Juliette Jourdan :
C’est l’une des trois voix principales de cette narration polyphonique.
C’est une adolescente atypique : dans ses bronches pousse un nénuphar.
Elle le sait : son temps est compté.
Mais Juliette n’est ni triste, ni morbide.
Elle est intensément vivante.
Elle aime les fleurs, la poésie de Boris Vian et de Duke Ellington et les cimetières, qu’elle arpente pour apprivoiser l’idée de sa propre fin.
Non pour s’y abandonner.
Mais pour apprendre à regarder en face ce qui l’attend.
Comme on apprivoise un mystère.
Comme on prépare doucement sa place dans l’éternité. Juliette n’a pas peur d’être seule dans la vie. Elle a paradoxalement terriblement peur d’être seule dans la mort…
C’est pour cela qu’elle va au cimetière : pour tisser des liens… Pourquoi donc s’habituer à un monde que l’on va quitter prématurément ?
Églantine Leroy :
Elle vit au rez-de-chaussée. Sexagénaire acariâtre, blessée, hypersensible au bruit, elle ne supporte plus les vivants.Seuls les morts trouvent encore grâce à ses yeux. Ancienne auxiliaire de fin de vie, elle a accompagné d’innombrables derniers souffles. Et surtout, elle en a conservé les secrets. Sous ses airs piquants et son caractère impossible, Églantine cache une blessure immense. Elle pique, oui. Mais comme certaines fleurs, elle protège derrière ses épines une fragilité bien plus tendre qu’il n’y paraît.
Paolo di Rosa
Paolo di Rosa est le mystérieux voisin du deuxième étage. Peintre italien, synesthète, marqué par un triple deuil, il vit entouré de silence, de mémoire et de couleurs. Son obsession est singulière : créer de la peinture végétale à partir de fleurs fanées pour peindre des cailloux déposés sur les tombes. Faire naître des arcs-en-ciel là où tout semble gris. Redonner de la couleur à ce que la vie semblait avoir déserté.
Trois solitudes, un même destin…
Juliette, Églantine et Paolo habitent le même immeuble parisien, boulevard Edgar Quinet, dans le 14ᵉ arrondissement de Paris. Ils vivent sous le même toit. Et pourtant, ils ne se connaissent pas. Trop enfermés dans leurs blessures. Trop occupés à survivre. Jusqu’au jour où un événement en apparence anodin va tout faire basculer. Une histoire de fleurs abandonnées. Quelques bouquets promis à la poubelle. Et une suite de coïncidences troublantes.