Références littéraires & Musicales

Les univers littéraires et musicaux qui dialoguent avec Le Nénuphar

De la même manière que « rien ne vient du néant », aucun roman ne naît dans le vide.

Chaque écrivain avance accompagné de livres, de musiques, de tableaux, de voix qui, parfois sans même qu’il en ait pleinement conscience, nourrissent son imaginaire.

Le Nénuphar ne fait pas exception. Les œuvres qui suivent ne constituent pas un modèle à reproduire, mais plutôt des compagnons de route, des sensibilités avec lesquelles ce roman entretient parfois un dialogue.

Boris Vian : quand la poésie devient une manière d’habiter le réel

S’il est un écrivain qui traverse discrètement Le Nénuphar, c’est sans doute Boris Vian. Juliette voue une affection particulière à L’Écume des jours. Comme Chloé, elle voit un nénuphar pousser dans ses bronches. Mais plus encore que cette image, c’est le regard que Vian porte sur le monde qui la touche. Nommer une maladie, c’est déjà lui donner une place.Or, Juliette préfère les images aux diagnostics.

Elle préfère dire qu’un nénuphar pousse en elle plutôt que de réduire son existence à un vocabulaire médical.

Cette métaphore devient une manière de préserver un espace de poésie là où le réel pourrait n’offrir que des termes cliniques. Comme Chloé, elle rêve aussi qu’un Colin puisse un jour croiser son chemin. Peut-être parce qu’aimer demeure encore la plus belle façon d’habiter le temps qui reste.

Albert Camus : regarder la fin sans détour

Juliette entretient également une proximité avec certaines interrogations d’Albert Camus. Elle sait qu’elle va mourir. Enfin, du moins le pense-t-elle… Elle ne cherche ni à nier cette réalité, ni à l’enrober de discours. Elle l’accepte. Simplement. Avec une lucidité presque désarmante.

Pour autant, Le Nénuphar ne s’inscrit pas dans une vision désespérée de l’existence. Il partage plutôt avec Camus cette idée que la conscience de notre finitude peut devenir une invitation à vivre davantage, à aimer plus intensément et à redécouvrir la beauté des choses les plus simples.

Théophile Gautier et le fantastique du quotidien

Les nouvelles fantastiques de Théophile Gautier ont également accompagné mon imaginaire. J’aime cette manière qu’il avait de faire basculer imperceptiblement le réel vers l’étrange, sans jamais rompre totalement avec lui.

Dans Le Nénuphar, le merveilleux ne surgit pas sous la forme d’événements surnaturels. Il apparaît dans les regards, les coïncidences, les symboles, les fleurs ou les silences. Le quotidien demeure réaliste. Voire même mystérieusement banal. Et c’est de cette banalité que naît justement intrinsèquement et paradoxalement le mystère.

Marcel Aymé : l’extraordinaire caché dans l’ordinaire

J’ai toujours été sensible à cette idée, présente notamment dans Le Passe-Muraille, que l’étrange puisse surgir au cœur de la vie la plus ordinaire. Mes personnages semblent banals. Ils vivent dans un immeuble parisien. Ils prennent le métro. Ils font leurs courses.

Et pourtant, chacun porte en lui une manière singulière de regarder le monde. Le merveilleux n’est jamais spectaculaire. Il réside dans la façon dont un personnage décide de transformer quelques fleurs fanées en peinture, ou un simple caillou en arc-en-ciel.

John Steinbeck : l’humanité des êtres ordinaires

Les personnages de Steinbeck m’ont toujours profondément touchée.

Ils ne sont ni des héros, ni des modèles. Ils avancent avec leurs contradictions, leurs maladresses, leurs blessures. Cette profonde humanité m’a toujours émue. J’avais envie que Juliette, Églantine ou Paolo possèdent eux aussi cette simplicité apparente, derrière laquelle se cachent des univers infiniment plus vastes. Qu’ils soient autant loufoques et atypiques qu’essentiellement attachants.

Baudelaire : trouver des fleurs jusque dans l’obscurité

Les Fleurs du Mal accompagnent également le roman. Quelques vers y sont d’ailleurs cités. J’y retrouve cette conviction que la poésie peut naître jusque dans les zones les plus sombres de l’existence.

Cette proximité n’est pas esthétique seulement. Elle est presque philosophique. Le beau ne naît pas malgré les blessures. Il naît surtout à travers elles.

Une bande son originale intérieure

La musique occupe une place essentielle dans Le Nénuphar. Elle accompagne les personnages autant qu’elle accompagne l’écriture elle-même. Chaque morceau possède une couleur, une respiration, une émotion particulière. Et ce roman à récits multiples a également été rédigé en musique. Chaque personnage avait en quelque sorte sa ou ses mélodies…

Duke Ellington : le souffle du jazz

Impossible d’imaginer Juliette sans jazz. L’univers de Duke Ellington traverse discrètement le roman par et grâce à la passion que voue l’adolescente à L’écume des Jours. L’élégance, la liberté, les nuances de Chloé résonnent profondément avec la manière dont Juliette regarde le monde.

Le jazz devient ici une manière d’habiter l’incertitude.

Boris Vian, chanteur

Boris Vian ne nourrit pas seulement le roman par ses livres. Ses chansons y trouvent également leur place.

Si Le Déserteur interroge notre rapport au refus de la violence, La Complainte du progrès apporte quant à elle une légèreté apparente qui questionne notre rapport à l’accumulation matérielle. Deux chansons très différentes, mais qui rejoignent toutes deux la quête de l’essentiel présente dans le roman que j’ai déjà bien longuement évoquée.

Jacques Brel

La musique de Jacques Brel berce elle aussi certains personnages.

La Valse à mille temps reflète cette accélération permanente de l’existence, jusqu’à l’essoufflement. Cette frénésie de croquer le temps avant que le terme ne nous rattrape. Juliette adore valser… C’est un peu ça la promesse : essayer de la faire valser sur les toits de Paris, voire sur ceux du monde…

Édith Piaf

Il était difficile de faire vivre un Paris intemporel sans laisser résonner la voix de Piaf.

La Vie en rose traverse ainsi également le roman avec discrétion. Non comme une naïveté. Mais comme un choix. Celui de continuer à regarder la beauté malgré les blessures. C’est ce que poursuit désespérément la mégère de l’immeuble : retrouver sa légèreté d’enfant et voir une gerbe de couleurs surgir au beau milieu de la grisaille du néant.

Une même sensibilité

Toutes ces œuvres sont très différentes. Pourtant, elles semblent partager une intuition commune.

Elles rappellent que l’art ne nous éloigne pas du réel. Il nous apprend à le regarder autrement. C’est peut-être cela, au fond, qui les relie au Nénuphar.

La playlist musicale du nénuphar pour mieux décrire les ambiances, atmosphères, personnages et Paris…

J’ai souvent écrit en imaginant une caméra derrière moi qui filmerait la scène de manière à tenter de décrire au mieux ce qui s’imposait à ma vue. Comme je l’expliquait, l’acte d’écrire est pour moi indissociable de la peinture et de la musique en qui je puise mon inspiration. C’est ainsi en chansons que j’ai écrit les quelques modestes 513 pages de l’ouvrage, afin de me laisser transporter et de mieux voir mon porte-mines courir sur les feuilles…

  • B.O du Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Yann Tiersen, avec notamment deux titres : « Comptine d’un autre été » pour Églantine et « la Valse d’Amélie » pour Juliette.
  • L’album « Meddle », des Pink Floyd pour les excursions nocturnes de Paolo di Rosa au cimetière.
  • « Summertime » d’Ella Fitzgerald et Louis Armstrong.
  • « Chloé » de Duke Ellington.
  • « La Vie en Rose », version Édith Piaf et Louis Armstrong.
  • « Fly me to the moon », Frank Sinatra.
  • « Un forgettable » de Nat King Cole.
  • « See the light » de Simple Minds, pour décrire l’atmosphère de fin.
  • « Colore » des Innocents, en référence au dessein du peintre : faire surgir un arc-en-ciel pour colorer le monde.
  • « She’s a rainbow », des Rolling Stones, pour symboliser le personnage de Juliette Jourdan.
  • « Pictures of you » pour décrire la relation amoureuse que Juliette entretiendra.
  • « Le déserteur » de Boris Vian
  • « La complainte du progrès » de Boris Vian.
  • « La valse à mille temps » de Jacques Brel.
  • « Ces gens-là » de Jacques Brel, pour le passage narratif de Pedro qui conte des éléments de sa vie, enfant.
  • « La Bohème » de Charles Aznavour pour les passages situés à Montmartre, place du Tertre, Paris.
  • « Le poinçonneur des lilas » de Serge Gainsbourg, pour la ballade printanière au bord du canal orchestrée par Paolo qui espère cueillir du lilas.
  • « Il est cinq heures, Paris s’éveille » pour mieux retranscrire l’atmosphère parisienne et la promenade au Jardin des Tuileries à Paris.
  • « Au bois de Saint-Amand » de Barbara, afin de d’imprégner de la vie d’Églantine autrefois, lorsqu’elle était adolescente.
  • « A bicyclette » d’Yves Montand, pour le côté très enfantin et candide de Juliette.
  • « Les amants d’un jour » d’Édith Piaf, qui traduit ici la mort de l’amour et de la vie qui animaient le cœur de l’Églantine d’avant.