Quand les images prolongent les mots…
Certaines histoires continuent de vivre bien après l’écriture de leur dernière phrase. C’est sans doute l’une des singularités du roman Le Nénuphar.
Au fil de l’écriture de ce roman, des images se sont imposées à moi avec la même évidence que les mots.
Des lumières.
Des atmosphères.
Des paysages intérieurs.
Des silences aussi.
Autant de sensations que l’écriture seule ne parvenait pas toujours à saisir pleinement.
Un roman contemporain entre littérature et création visuelle
En tant qu’autrice, artiste et illustratrice, j’ai naturellement ressenti le besoin de prolonger l’univers de Le Nénuphar par l’image. J’ai ainsi réalisé plusieurs aquarelles originales et peintures inspirées de l’univers du roman. Ces illustrations ne cherchent pas à représenter littéralement l’intrigue ou les personnages. Elles tentent plutôt de traduire ce qui circule entre les lignes : une émotion, une vibration, une tension,une lumière. Elles offrent ainsi une autre porte d’entrée dans l’univers littéraire et visuel du roman.
Une immersion par le regard autant que par l’imaginaire.
Quand les couleurs racontent autrement
Je reste profondément convaincue que les couleurs possèdent leur propre langage. Comme les mots, elles racontent. Comme les mots, elles suggèrent. Comme les mots, elles révèlent parfois ce qui échappe au visible. Dans Le Nénuphar, l’art visuel prolonge donc le récit littéraire. Il ne vient pas l’expliquer. Il vient l’habiter autrement. Si j’ai choisi de réaliser plusieurs aquarelles et peintures inspirées de l’univers du roman c’est parce qu’il fallait que ça continue à vivre dans l’immeuble d’Edgar Quinet, à Paris…. Tout ne pouvait pas être mort. J’ai ressenti ça comme une urgence, un besoin presque viscéral.
Noir et blanc / couleur : la dualité au cœur de Le Nénuphar
Certaines œuvres se présentent sous une forme biface, associant une version en noir et blanc à une version en couleur. Ce choix artistique fait directement écho à la dualité qui traverse les personnages de Le Nénuphar. Cette dualité visuelle prolonge ainsi directement la symbolique du roman.
D’un côté : les blessures,les deuils,les zones d’ombre.
De l’autre : la beauté,l’amour,l’espoir,la renaissance.
Le passage du noir et blanc à la couleur symbolise ce chemin intérieur. Une traversée. Un basculement progressif vers la lumière. Car dans Le Nénuphar, la lumière n’efface jamais les ombres.Elle apprend à les habiter autrement.Elle les transforme.
Extraits du roman en mots et en images…
Un univers trans-artistique
Découvrez ici plusieurs illustrations inspirées de l’univers du Nénuphar, accompagnées d’extraits du roman.
Une manière de plonger plus profondément encore dans cette œuvre où littérature, art et émotion dialoguent en permanence.
Ces peintures ne racontent pas le roman ; elles racontent ce que le roman laisse en nous.
Les personnages…
Églantine Leroy :

Extrait de dialogue entre elle et Jonas Pivoine :
« L’églantine est une espèce qui fait partie de la famille des rosacées. Aussi belle et lumineuse soit-elle, elle a cette particularité-là des fleurs sauvages… Elle pique, répondis-je froidement.
Vous souhaitez toujours vous y frotter ? lui lançai-je, un peu comme un défi.
— Avec un désépinoir, dans ce cas… Pas à main nue ! Je ne suis pas vacciné contre le tétanos… »
Extrait 2
« Qu’elle était belle, même de dos, ma sorcière fleurie ! Un cœur d’or dans une enveloppe d’épines, c’était un peu ça l’Églantine d’Edgar Quinet ! Il fallait se piquer un bon coup et se vider un peu de sa personne, avant d’atteindre le juteux sacro-saint calice de son pistil… »
Juliette Jourdan

Extrait 1:
« Je les perçois tous, me délivra-t-elle doucement. Tout le temps… C’est la raison pour laquelle je me rends dans les cimetières : pour leur tenir compagnie, et parler un peu avec eux… Je ne sais pas si c’est normal… e me dis que s’il m’arrive ça, c’est sans doute parce qu’ils savent que bientôt je vais les rejoindre… Peut-être que ma place se prépare en secret afin que je me sente bien ? Je ne l’avais encore jamais dit à personne. Ce ne sont pas des choses qui se disent, vous comprenez… Ce sont juste des choses qui se ressentent et qui se vivent, au plus profond de notre âme… »
Extrait 2 :
« J’aimerais tant, Paolo, partir camper sur les étoiles et tout regarder de loin… De là où rien, jamais, ne pourrait m’atteindre, et de là où on ne revient pas. Mais il paraît qu’on ne peut pas : c’est Monsieur de Saint-Exupéry qui me l’a dit.. »
Paolo di Rosa

Extrait : J’avais sillonné les quartiers, me laissant à chaque fois imprégner par le charme enchanteur de tous ces jardins qui surgissaient secrètement du bitume sans crier gare. Il y avait les romantiques, qui se retrouvaient pour un moment de tendresse au bord de quelque fontaine anonyme, se quittant dans une fougueuse étreinte comme si ce jour, peut-être, serait le dernier… Les âmes solitaires, qui déambulaient en rêvant le long des allées fleuries..
Les hommes et les femmes pressés, ces agrumes de la société qui prenaient leur pause méridienne en s’y épanchant afin de se repaître, de se ressourcer, avant de reprendre, la pulpe sèche, leur folle journée de travail marquée du sceau de la concurrence et du rendement. Et moi, le sombre apatride italien soucieux, ténébreux et désinvolte, qui me plaisais à contempler tout ce petit monde dont j’imaginais la vie, les secrets, les drames même parfois, et que mon esprit peignait sur la toile de l’imaginaire…
Quelques scènes importantes
Le macaron à la rose d’Ispahan, par P.Hermé

Extrait : Elle se tenait droite devant moi, belle comme le soleil, gracieuse telle une nymphe, avec un discret et timide sourire au coin des lèvres qui lui donnait simultanément un air affable et tendre… Au creux de ses deux mains, elle avait une discrète boîte à gâteaux blanche qu’elle me tendait gentiment en offrande. Ce minuscule carré de carton ne contenait rien, ou presque…
Le macaron éventré s’y perdait, tant il était petit. Et pourtant! Quoique quasiment vide, ce contenant de fortune était rempli de tellement de choses hautement essentielles ! « Dans la vie, tout peut se partager, même le plus petit macaron du monde… » m’avoua-t-elle, en rapprochant le paquet de moi.
La valse du lac :

Extrait :
« J’étais partie si loin, en compagnie des nénuphars engloutis de Monet ! Là où, paraît-il, la profondeur est telle qu’on n’en revient pas… J’avais les mains prises. Je tenais une énorme montre à gousset dépourvue de chaîne, aussi libre que cette eau qui s’écoulait en m’aspirant…
J’étais la maîtresse des horloges…Grâce à moi, plus jamais le lapin blanc n’aurait, dans mon univers, été en retard !
— Vous avez réussi ? m’avait-il demandé, fasciné.
— Oui, je crois bien, les aiguilles étaient figées… J’y suis arrivée : pendant deux semaines, j’ai arrêté le temps…
— Et alors ? Qu’est-ce que cela fait ? s’était-il empressé de me demander, émerveillé.
— C’est à la fois terriblement reposant, et dangereusement enivrant », lui avais-je simplement avoué.
Les atmosphères et influences musicales
L’atmosphère musicale et littéraire : l’univers de Vian

Extrait : Vivre comme si, du jour d’après, je n’attendais plus rien… Telles avaient été les pensées profondes avec lesquelles je m’étais levée ce matin-là… C’était le visage rond et immaculé de mon hôte que j’avais manifestement décidé d’aller rencontrer en premier… Il s’était dévoilé à mes yeux ébahis tel un diamant suspendu au beau milieu de l’infini, m’éblouissant de sa beauté à laquelle je crois, en aucune façon, je ne me ferais et qui toujours me subjuguerait… Il était différent de celui de Chloé… Je l’avais enterrée hier, également…
J’avais profité de cette soirée étrange pour achever ma relecture de L’Écume des jours… Chloé était morte… Il l’avait tuée, le vilain… L’étouffant sous le poids et l’envergure de ses pétales… Elle s’était noyée dans ses yeux marécageux, par manque d’air, et peut-être aussi à cause d’un fichu œdème… Ça fleurissait trop vite, ce genre de bestioles ! Le mien n’avait rien à voir avec toutes ces « dégoûtations » maladives… Je savais bien que ceci n’était que pure romance, et qu’il n’y avait aucune corrélation entre lui et l’autre, celui que je m’étais plu à appeler de la même manière, juste histoire de me rapprocher de Chloé et de rendre hommage à Monsieur Vian, que j’admirais par-dessus tout…
"Une éponge en pierre, pour faire la poussière Un ramasse à ordures, pour battre la bouture Une coquillette, pour tendre couchette Et de la terre des morts, pour réchauffer son corps..."
L’univers musical du jazz : Chloé de Duke Ellington

Extrait : Mes pinceaux étaient étalés et ouverts en éventail, quelques pastels venant, de-ci de-là, rompre l’harmonie et la structure de cet accordéon de poils improvisé. Je mis à nouveau la musique de Chloé et laissai les notes me transporter. C’était si dense…
En tant que fin synesthète – j’avais en effet découvert le phénomène de la synesthésie il y avait de cela plusieurs années – j’avais cette capacité de voir réellement les choses et de matérialiser ce que je lisais ou ce que j’entendais. La musique que je percevais, j’arrivais ainsi à la traduire spontanément de manière instinctive en un flux de textures et de couleurs.